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Centre social Marbot-Hinot :
A
Bar-le-Duc, dans la Meuse, un centre social a parié sur
l’échange réciproque des savoirs pour relancer la participation
des habitants.
« Une démarche sociale doublée d’une démarche pédagogique, et
qui pour une fois valorise le potentiel des plus défavorisés »,
résume Yannick Lang, pour évoquer le Réseau d’échanges
réciproques de savoirs (RERS) initié par le centre social
Marbot-Hinot, dont il est le directeur.
Voilà trente ans que ce centre existe, dans un quartier de
Bar-le-Duc (Meuse) à l’habitat mixte conçu, à l’origine, pour
accueillir des cheminots retraités mais dont la population a,
bien sûr, évolué dans le temps. En 1996, Yannick Lang participe
à un colloque des RERS : « Je cherchais un dispositif qui
nous permette de relancer la participation et l’action des
habitants dans la vie du centre social », explique-t-il.
Parallèlement, le centre accueille, depuis longtemps déjà, un
groupe d’une dizaine de femmes, entre 50 et 65 ans, qui se
réunissaient plus par habitude que pour un objectif précis : « Elles
cherchaient un moyen d’échapper à la routine, leur envie de se
bouger a rencontré notre désir de monter un RERS, dont elles ont
été la première cheville ouvrière avec la collaboration de la
conseillère en économie sociale et familiale de la CAF. »,
résume Yannick Lang.
Le réseau fait ses premiers pas au début de 1997. Si le démarrage
est encourageant, un premier écueil apparaît très vite : le
quartier (3700 habitants) s’avère trop petit pour constituer un
vivier d’offres susceptible de tenir dans la durée. « Nous
avons compris que si nous n’étendions pas l’action à l’ensemble
de la ville, nous allions nous ramasser », résume crûment
Yannick Lang. Heureusement, Bar-le-Duc compte trois autres
centres sociaux : « Nous avons commencé par nous tourner vers
les copains », raconte Yannick Lang. Les « copains »
acceptent aussitôt de se joindre au projet. Et d’autres
associations, contactées à leur tour (Restaus du Cœur, Secours
Catholique, Mission Locale…), entrent également dans la danse.
Le bouche à oreille fait le reste.
Début 1998, plus de 80 personnes participent déjà au Réseau. Ce
succès grandissant provoque un nouvel écueil : l’obligation
d’embaucher quelqu’un chargé de coordonner l’action. « Ça
commençait à devenir un vrai casse-tête pour tenir à jour un
tableau des offres et des demandes, et c’était très dévoreur de
temps », résume Yannick Lang. La coordinatrice ne sera
recrutée qu’à l’automne suivant. C’est qu’entre-temps…il aura
fallu convaincre des financeurs. Mais l’équipe du centre social
saura trouver les bons arguments, en faisant valoir notamment
que le Réseau constitue un moyen original d’action sociale et de
valorisation des personnes, « parce qu’il aborde les
personnes sous l’angle de leurs atouts et non de leurs handicaps ».
Le conseil Général débloquera ainsi une enveloppe sur ses
crédits d’insertion. Le centre social obtiendra également un
poste emploi-jeune et enfin la municipalité, consciente que
cette action représente un outil de maillage social intéressant,
apportera elle aussi sa contribution. Le poste est financé.
Dès son arrivée, les choses changent : « Les participants du
Réseau ont tout de suite senti que l’organisation était prise en
mains d’une façon rigoureuse, qui garantissait la pérennité du
système. » Les deux premières années, la coordinatrice
s’emploiera à rappeler et bien faire comprendre les règles de
base du Réseau : la reconnaissance de son propre savoir (qu’il
conviendra ensuite de valoriser) par la personne en situation de
demande et l’importance de la mobilité des rôles (n’importe quel
offreur peut aussi devenir demandeur). « C’est en cela qu’il
s’agit bel et bien d’une démarche pédagogique à part entière »,
note Yannick Lang. Ces principes bien posés, la coordinatrice
s’emploiera ensuite à former des bénévoles, car l’objectif est
d’obtenir au maximum l’appropriation du projet par les
participants. Dans trois quartiers de la ville, une
douzaine de personnes seront ainsi formées à l’animation du
réseau, en ayant à chaque fois pour base le centre social de
leur quartier respectif, sachant que la centralisation se fait
toujours au centre Marbot.
Aujourd’hui, le RERS de Bar-le-Duc compte environ 200 participants
réguliers, pour des offres/demandes qui couvrent tous les
domaines possibles et imaginables, depuis la cuisine jusqu’à
l’astronomie, en passant par l’informatique ou l’apprentissage
des langues. Et il devrait encore progresser : désormais, la
coordinatrice commence à tisser des liens pour essaimer sur
d’autres communes du territoire de contrat de ville. Un vrai
succès, donc, et bien sûr, tout cela sans qu’aucun argent ne
circule jamais entre les participants, puisqu’il s’agit bien
d’une action alternative et solidaire, démonétisée par essence :
« Cette absence d’argent nous a permis de développer
une réciprocité qu’on ne voit pas toujours, ou pas assez souvent
dans les centres sociaux,
constate Yannick Lang. Par exemple, les usagers inscrits à la
gymnastique d’entretien paient pour ce service, point à la
ligne. Ici, la réciprocité se mesure à ce que chacun peut
apporter au Réseau et c’est cette potentialité des individus qui
produit l’action collective. C’est d’autant plus intéressant
pour les personnes en difficulté que dans le Réseau, il n’existe
aucune hiérarchie des savoirs et qu’on ne s’intéresse pas aux
origines sociales des uns ou des autres. Tout le monde s’appelle
par son prénom. »
Quant aux retombées pour le centre social, elles sont là encore
très positives : « Nous avons pu élargir l’éventail social
des usagers et aussi toucher tout un public en difficulté qui
auparavant hésitait à venir dans le centre, par peur d’une
stigmatisation sociale. » Le réseau a permis d’aider et de
valoriser ces personnes pour lesquelles le centre peinait à « trouver
des ouvertures ». Certaines sont même devenues offreuses. Et
Yannick Lang se plaît à citer le cas d’Annie : « Une
jeune femme qui souffrait d’isolement et de précarité. Elle nous
avait été envoyée par une assistante sociale, qui avait
diagnostiqué un sévère besoin de remise à niveau en Français et
en calcul qu’elle a trouvé par le biais d’une demande au RERS.
En échange, Annie a pu offrir ses savoirs culinaires. Mais au
bout de deux ans, son offreur ne pouvait plus rien lui
enseigner. Le relais a alors été pris par l’animatrice référente
famille du centre social. Après un bilan de compétence, Annie
est rentrée dans un organisme de formation et elle est
aujourd’hui sur les bons rails pour trouver un emploi. Si le
Réseau n’avait pas existé, je ne suis pas sûr que nous aurions
repéré une personne comme elle. »
Renseignements :
rers.bld@wanadoo.fr
ou contactez
Mélanie, Coordinatrice du RERS, au 03 29 77 22 66
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